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Παρασκευή 9 Ιανουαρίου 2015

Une enseignante dans un collège classé REP de l'académie de Grenoble raconte son étrange journée



Une enseignante dans un collège classé REP de l'académie de Grenoble raconte son étrange journée
Publié le 09/01/2015 à 11:34
Minute de silence incomprise, parfois méprisée, provocation..., une enseignante dans un collège classé REP de l'académie de Grenoble raconte son étrange journée.
L'Éducation nationale a demandé aux professeurs de faire respecter une minute de silence.L'Éducation nationale a demandé aux professeurs de faire respecter une minute de silence. © THIERRY ZOCCOLAN / AFP

Propos recueillis par Laureline Dupont
Le matin du 8 janvier, nous avons reçu un courrier de notre ministre qui nous rappelait que l'école était là pour transmettre les valeurs de la République. En tant que professeurs, nous avons pour mission d'expliquer à nos élèves les faits, de les faire réfléchir, de les aider à comprendre.
"Pourquoi respecter une minute de silence pour des gens que je ne connaissais pas ?"
J'ai d'abord eu un échange avec ma classe de 5e, composée de collégiens de 12 ans en moyenne. Ils étaient très silencieux. Sauf un qui m'a demandé : "Pourquoi respecter une minute de silence pour des gens que je ne connaissais pas ?" J'ai trouvé cette réaction violente. Ses camarades ont été choqués également. Ils sont jeunes, sans doute plus émotifs que leurs aînés. Je voyais que cet élève faisait semblant, il ne pesait pas ses mots. Il était dans la provocation.
J'ai rappelé les faits en commençant pas l'évidence : on a tué des êtres humains. Pour que la minute de silence soit ensuite respectée, j'ai dû "plomber l'ambiance", sinon ça n'aurait pas fonctionné. Je leur ai dit : "Vous vous rendez compte que les victimes sont parties hier matin en disant à tout à l'heure à leur famille ?" Il fallait éviter que d'autres s'amusent à jouer les caïds pour épater la galerie pendant ce moment de recueillement. Après la minute de silence, j'ai senti une lourdeur s'abattre sur la classe donc j'ai décidé de passer à autre chose. Je venais de voir quelques-unes de mes élèves de confession musulmane debout, la tête baissée, presque gênées, pour elles, pour leurs familles, ça doit être dur de voir certains faire l'amalgame.
Quant à ce qui s'est passé dans ma classe, cette provocation, ce n'est rien à côté de ce que certains de mes collègues ont dû affronter. Durant la minute de silence, dans les autres classes, il y a eu plusieurs expulsions d'élèves, les uns parlaient, disaient des choses affreuses, les autres rigolaient. Un petit de 6e de confession musulmane a carrément refusé de respecter la minute de silence. Tous ces élèves un peu "retors" ont été envoyés chez le principal de l'établissement et chez l'infirmière scolaire pour entendre un discours différent de celui qu'ils entendent sans doute chez eux.
En début d'après-midi, j'ai accueilli une classe de 4e. Ils sortaient d'un cours de français pendant lequel ils avaient entamé un vif débat sur le sujet. Ils étaient bruyants, agités, je leur ai proposé qu'on poursuive le débat pendant mon cours. Certains jugeaient cet acte effroyable, traitaient les terroristes de "barbares". Mais un élève a commencé à exprimer son désaccord. J'ai ensuite remarqué qu'une autre assise au fond de la classe attendait sagement main levée qu'on lui donne la parole.

"On ne va pas se laisser insulter par un dessin du prophète"
"Madame, me dit-elle, on ne va pas se laisser insulter par un dessin du prophète, c'est normal qu'on se venge. C'est plus qu'une moquerie, c'est une insulte !" Contrairement au précédent, cette petite pesait ses mots, elle n'était pas du tout dans la provoc. À côté d'elle, l'une de ses amies, de confession musulmane également, soutenait ses propos. J'étais choquée, j'ai tenté de rebondir sur le principe de liberté et de liberté d'expression. Puis c'est un petit groupe de quatre élèves musulmans qui s'est agité : "Pourquoi ils continuent, madame, alors qu'on les avait déjà menacés ?"
Plusieurs élèves ont tenté de calmer le jeu en leur disant que Charlie Hebdo faisait de même avec les autres religions. Leur professeur de français avait eu l'intelligence de leur montrer les unes de Charlie pour leur montrer que l'islam n'était pas la seule religion à être moquée. Mais ils réagissent avec ce qu'ils ont entendu à la maison.
Tout cela a divisé les élèves
Ce qui me désole, c'est la fracture que cet événement tragique a créée dans des classes d'habitude soudées. Tout cela a divisé les élèves. Il régnait aujourd'hui une ambiance glauque, particulière. Cette classe de 4e sympa, dynamique, était soudain séparée en deux clans. Les communautarismes ont resurgi d'un coup. Et ça me fait peur pour la suite.
L'école doit transmettre nos valeurs, mais on est parfois un peu trahis par les parents. On apprend les principes républicains aux enfants, mais une fois à la maison ils en font bien ce qu'ils veulent. Ils n'ont plus confiance en nous, professeurs. Ils ne nous prennent pas pour des alliés, mais pour des ennemis. En tant que prof, tu te demandes ce qu'ils peuvent penser de toi, de nous enseignants, nous qui avons la foi de leur apprendre. Nous avons devant nous des jeunes citoyens qui ont des idées telles qu'on est obligé de se demander : "Où allons-nous ?"

http://www.lepoint.fr

A Bernard Maris - par Jacques Sapir



A Bernard Maris

Rédigé par Jacques Sapir le Mercredi 7 Janvier 2015 à 23:40



http://a400.idata.over-blog.com/180x204/0/32/46/53/Personnalites3/bernard-maris.jpgL’attentat qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo, et provoqué la mort de deux policiers, nous remplit d’horreur et de dégoût. Certains de ces journalistes étaient connus de tous. La mort de Cabu laisse le Grand Duduche (et la fille du proviseur…) orphelin ; celle de Wolinski signe la fin des années de « l’après-1968 ». L’invention de Cactus-Man (l’homme aux épine rétractiles…), mais aussi  de Paulette et de bien d’autres personnages me reste en mémoire. Tout ceci est désormais comme carbonisé devant la sauvagerie de sang froid du fanatisme militant. En vérité je ne puis écrire que pour un, l’économiste Bernard Maris, que je connaissais bien et qui écrivait sous le pseudonyme d’« Oncle Bernard » des billets hilarants et décapants.
Bernard Maris avait 68 ans. Il était le fils de Républicains espagnols émigrés en France et un produit typique de cet "élitisme républicain" que certaines bonnes âmes tournent aujourd'hui en dérision. Après de brillantes études d’économie, et une thèse en 1975, il avait suivi le cursus honorum qui devait le mener au poste de professeur. Il avait alors enchaîné les postes, récolté le prix de « meilleur économiste » pour 1995 décerné par Le Nouvel Économiste, et publié des livres importants comme Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie ! (en 1998), ou Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles (en 1999). Il fut l’auteur du remarquable Antimanuel d’économie (publié chez Bréal en 2 volumes) et d’un ouvrage collectif important témoignant de son intérêt pour les sciences sociales, Gouverner par la peur, en 2007. On pouvait le suivre à la télévision ou sur France-Inter. Mais, Bernard Maris était aussi bien d’autres choses.
Il a été un grand directeur de collection chez Albin Michel. Je peux témoigner de l’effort qu’il a fourni pour que mon ouvrage Les trous noirs de la science économique se révèle comestible pour un lecteur français. Le livre correspondait au cours que je donnais à l’époque à la Vyshaya Shkola Ekonomiki (Haut Collège d’Économie), et il y fut d’ailleurs publié. Bernard me poussa à le réécrire totalement pour en faire mieux ressortir ce qu’il en présentait d’essentiel alors que d’autres éditeurs me soutenaient qu’un ouvrage de théorie et de méthodologie économique n’aurait pas de lecteurs en France. Son analyse fut la bonne et je considère qu’il est en bonne partie responsable de ce succès. Les relations que nous avions nouées à cette occasion ne se sont jamais distendues. Je peux témoigner de son attitude, à la fois ouverte, chaleureuse, mais aussi exigeante envers ses auteurs, et j’avoue être fier d’avoir été publié par un homme tel que lui. Nous avons discuté ensemble des journées entières et, de ces discussions, a surgi un autre livre Les économistes contre la démocratie qui fut publié en 2002. J’ai pu alors mesurer tout son écœurement devant le comportement de certains économistes à gages, dont la seule fonction est de fournir des justifications à qui les payent. Le projet d’un troisième livre, rédigé avec un de mes anciens étudiants russes sur la « transition » en Russie ne se fit pas. Mais il nous donna le plaisir de nous rencontrer à de multiples reprises dans les locaux de Charlie Hebdo, ces mêmes locaux où s’est déroulé l’attaque criminelle qui lui a coûté la vie ainsi qu’à neuf de ses confrères.
Bernard Maris, et ceci est moins connu, était aussi un romancier. Il publia Pertinentes questions morales et sexuelles dans le Dakota du Nord en 1995, où il laissait libre cours à sa passion pour l’anthropologie et surtout L'Enfant qui voulait être muet en 2003. Il fut aussi essayiste avec L’Homme dans la guerre. Maurice Genevoix face à Ernst Jünger, publié chez Grasset en 2013 et surtout Houellebecq économiste, publié chez Flammarion en 2014. Il fit aussi des excursions dans le cinéma, collaborant avec Jean-Luc Godard en particulier. L’étendue de ses connaissances, non seulement en économie mais aussi en histoire et, on l’a déjà dit, dans les diverses sciences sociales frappait tous ceux qui le lisaient. Bernard avait fait sienne la démarche d’Adam Smith qui considérait que l’économie était une science morale et impliquait des liens étroits avec les autres disciplines des sciences sociales. Rien ne lui était plus étranger que le fumeux concept d’« économie pure » mis à la mode par Léon Walras et dont s’inspire tout une tradition d’économistes qui brillent autant par la formalisation de leurs raisonnement que par l’irréalisme de leurs déductions. Il attendait avec impatience la constitution d’une section d’économie politique, séparée de l’économie qui était en passe de devenir la chasse gardée de prétendus mathématiciens.
Son engagement politique l’avait conduit des socialistes vers EELV, et à chacune de nos récentes rencontres, il ne cessait de fulminer contre le gouvernement et le président. Nommé en 2011 au Conseil Général de la Banque de France, alors qu’il avait déjà largement exprimé ses doutes quant à la survie de la zone Euro, il devait franchir le pas au début de 2014 et expliquer pour quelles raisons il était désormais favorable à une dissolution de la zone Euro et à un retour aux monnaies nationales. On s’en doute, nous avions parlé à maintes reprises de ce sujet et j’avais vu ses positions s’infléchir avec le temps parce qu’il comprenait dans quelle impasse l’Euro était en train d’enfermer tant la France que l’Europe. Je suis persuadé que ses positions quant à la crise grecque à venir auraient été importantes.
Bernard Maris était un homme délicieux, très digne dans le deuil intime qui l’avait frappé il y a deux ans, et un de ces collègues qui vous laissent à penser que vous avez eu raison de choisir l’économie. Son influence sur les jeunes générations d’étudiants aura été considérable. Il fut et reste un modèle d’économiste citoyen, comme Keynes qui était sa boussole et sa grande référence.
Il est mort à son bureau, tué par le fanatisme imbécile qu’il avait en horreur.
Il est mort, tué pas ce fanatisme qu’il méprisait et qu’il dénonçait régulièrement.
Il est mort à son poste de combat.
Respect, oncle Bernard !
Πηγή: http://www.marianne.net/

Σάββατο 25 Αυγούστου 2012

Πεθαίνοντας για την αλήθεια - του Γ. Ζουμπουλάκη

Ζουμπουλάκης Γιάννης
Πεθαίνοντας για την αλήθεια
ΔΗΜΟΣΙΕΥΣΗ: 22/08/2012 10:45


Πριν από λίγες ημέρες η γιαπωνέζα δημοσιογράφος Μίκα Γιαμαμότο, πολεμική ανταποκρίτρια για το ιαπωνικό πρακτορείο ειδήσεων, έχασε τη ζωή της σε ηλικία 45 ετών στη Συρία όπου κάλυπτε τα πρόσφατα γεγονότα. Τον Φεβρουάριο του 2012 ένας άλλος δημοσιογράφος, ο αμερικανός Αντονι Σαντίντ, πολεμικός ανταποκριτής των Τάιμς της Νέας Υόρκης, πέθανε από άσθμα, ενώ προσπαθούσε να φύγει από την ίδια χώρα.

Ένα κοινό σημείο των Γιαμαμότο και Σαντίτ ήταν ότι είχαν συμβάλει στη δημιουργία του ελληνικού ντοκιμαντέρ με τίτλο (κατά τραγική ειρωνεία), «Πεθαίνοντας για την αλήθεια». Το γύρισε ο δημοσιογράφος και πολεμικός ανταποκριτής ο ίδιος, Νίκος Μεγγρέλης το 2010 υμνώντας τη σωστή δημοσιογραφία (το τρέιλερ της ταινίας στο οποίο εμφανίζεται η Γιαμαμότο).

Μέσα σε μόλις 75 λεπτά το «Πεθαίνοντας για την αλήθεια», εκτός από το ότι αναφέρεται στη χειραγώγηση των περισσοτέρων αμερικανικών Μέσων Μαζικής Ενημέρωσης από την κυβέρνηση Μπους, αφηγήθηκε επίσης γνωστές ή άγνωστες ανθρώπινες ιστορίες με τραγικό τέλος. Ο ισπανός εικονολήπτης Χοσέ Κόουζο σκοτώθηκε από βολή αμερικανικού τανκ στο ξενοδοχείο Παλεστάιν. Η ιταλίδα δημοσιογράφος Τζουλιάνα Σγκρένα κρατήθηκε όμηρος ιρακινής τρομοκρατικής οργάνωσης επί έναν μήνα και, όταν απελευθερώθηκε, το αυτοκίνητο στο οποίο επέβαινε γαζώθηκε από αμερικανική περίπολο, σκοτώνοντας τον ιταλό μυστικό πράκτορα Νικόλα Καλίπαρι, ο οποίος της έσωσε τη ζωή θυσιάζοντας τη δική του.

Σύμφωνα με το ντοκιμαντέρ του Μεγγρέλη ένας δημοσιογράφος χάνει τη ζωή του ανά πέντε ημέρες και κάθε χρόνο περισσότεροι από 100 δημοσιογράφοι χάνουν τη ζωή τους στις καυτές περιοχές του πλανήτη. Φαίνεται ότι κάποιοι, τελικά, όντως πεθαίνουν για την αλήθεια.

Υ.Γ.: Αφιερωμένο ολόψυχα σε όλους όσοι επιμένουν να ισοπεδώνουν τα πάντα με γενικόλογα, φτωχά, άκαιρα και εν τέλει χυδαία συνθήματα του τύπου «αλήτες, ρουφιάνοι, δημοσιογράφοι» που τώρα τελευταία έχουν γίνει καραμέλα σε ό,τι κακό βρίσκουμε μπροστά μας.

αναδημοσιεύεται από το www.tovima.gr/opinions/article/